Question 46 : En quoi la dette publique est-elle un facteur essentiel dans la gestion économique d'un pays?

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Question 46 : En quoi la dette publique est-elle un facteur essentiel dans la gestion économique d'un pays?

Message par Frédérique le Mer 3 Fév - 11:12

Introduction : Plus que jamais les réflexions concernant la dette publique, définie par l’ensemble des emprunts contractés par l'État, les collectivités locales, les entreprises publiques et les organismes de sécurité sociale, et son risque d'insoutenabilité sont au centre des débats politiques, économiques et financiers. La crise qui frappe durement l'ensemble du monde a entraîné une hausse vertigineuse des déficits et dettes publics dans la plupart des pays. Afin d'éviter un cataclysme bancaire et limiter l'ampleur de la récession, les États ont mis en place des plans massifs de sauvetage du système financier et des plans de relance de taille importante. À l'impact des politiques budgétaires discrétionnaires de soutien à l'activité s'ajoute le coût conjoncturel pour les finances publiques des stabilisateurs automatiques (chute des recettes fiscales due à la baisse de l'activité, accélération des prestations sociales liées à la hausse du chômage) qui permettent aux économies d'amortir le choc récessif. Si ces politiques budgétaires contra-cycliques ont été le seul rempart à la crise systémique et à la dépression qui menaçaient l'économie mondiale, elles ont néanmoins un coût. Aujourd’hui l’endettement public de la France équivaut à 97,6% du PIB (2200 Milliards), son poids n’a cessé d’augmenter depuis 1980 où il représentait 21% du PIB. Les chiffres de l’endettement en France peuvent être considérés comme alarmants ou non, selon la perception de l’impact de l’endettement public sur la croissance économique. Les efforts des gouvernements successifs de ces dernières années tendent néanmoins à œuvrer dans le sens d’une réduction de la dette publique et aussi d’une convergence des Etats membres de l’Union Européenne vers une dette publique inférieure à 60% du PIB. On peut donc se demander en quoi la dette publique est-elle un facteur essentiel dans la gestion économique d’un pays.

Je vous présenterai donc dans une première partie en quoi la dette publique est essentielle pour la croissance économique d’un pays et dans une seconde partie l’importance de maitriser cette dette dans la gestion économique d’un pays.

I / L’endettement public : facteur essentiel moteur de la croissance économique

• Les politiques budgétaires expansives d’inspiration keynésiennes : l’effet multiplicateur
-Jusqu’à la crise des années 1930, la gestion des finances publiques a eu pour principal objectif d’assurer le financement des services publics. Le volume des dépenses de l’État n’était alors pas considéré comme une variable susceptible d’influencer le niveau d’activité de l’économie.
-L’analyse de l’économiste britannique John Maynard Keynes a modifié cette conception en soulignant l’impact de la politique budgétaire sur le niveau d’activité économique d’un pays. Par conséquent, la plupart des pays développés ont mené depuis les années 1930 des politiques de relance budgétaire lors des périodes de récession ou de moindre croissance.
-Keynes justifie dans ses écrits l'intervention de l'Etat dans l'économie pour palier aux déficiences du marché et favoriser la mise en place d'un cercle vertueux de la croissance économique.
- Keynes préconise une intervention de l'Etat dans l'économie, qui par le biais d'un accroissement des dépenses publiques, favoriserait le retour de la croissance économique. Cette relance publique passe alors par la mise en œuvre d'une politique budgétaire expansionniste qui se matérialise par l'apparition d'un déficit public.
-Cette politique budgétaire s’autofinance selon lui grâce à la croissance.

• Le jeu des stabilisateurs automatiques
-Les recettes et les dépenses publiques exercent spontanément une action contra-cyclique sur l’activité économique, c’est-à-dire d’atténuation des aléas de la conjoncture économique. En effet, si une grande partie des dépenses publiques sont indépendantes des variations à court terme de l’activité économique (ex : les dépenses de rémunération et de retraite des fonctionnaires), certaines d’entre elles sont, en revanche, mécaniquement liées à la conjoncture (dépenses d’indemnisation du chômage ou des prestations sociales versées sous condition de ressources qui augmentent quand l’activité économique se dégrade).
-Lorsque l’activité économique ralentit, les dépenses publiques ont tendance à s’accélérer tandis que les entrées de recettes ralentissent mécaniquement, ce qui provoque une détérioration du solde budgétaire. La détérioration de l’activité économique provoque alors un transfert de revenus des administrations publiques vers les ménages et les entreprises, ce qui atténue mécaniquement l’effet du ralentissement économique sur les revenus de ces derniers.
-Par conséquent, les recettes et les dépenses publiques fonctionnent comme des "stabilisateurs automatiques" puisqu’elles contribuent à amortir les variations conjoncturelles de l’activité économique.

• L’endettement public provoque en outre des effets d’entraînements favorables à la croissance
-l’effet richesse illustre cet entraînement dû à l’emprunt de l’Etat. Le financement du déficit se réalise par l’émission de titres. Or un acteur peut considérer qu’il va accroître sa richesse par l’achat de ces titres car la rémunération du placement est forte, il va donc en conséquence augmenter sa consommation, ce qui bénéficie à la croissance.

• A long terme l’endettement est légitime et favorable lorsqu’il finance les dépenses publiques dont la contribution à la croissance est avérée : infrastructures, éducation, formation. Le déficit permet ainsi une croissance endogène.

• Un contexte particulier :
-ces politiques d’endettement ont connu un succès certain jusqu’aux années 1970, les taux d’intérêts réels étaient négatifs ce qui facilite l’investissement notamment public car le poids de la dette était facile à supporter. De plus l’économie française était alors très peu ouverte sur le monde. Enfin la croissance était importante ce qui permettait de résorber la dette publique plus facilement qu’aujourd’hui.



II/ Aujourd’hui : nécessité de maitriser et réduire l’endettement public

À compter de la crise consécutive au choc pétrolier de 1973, les théoriciens néoclassiques ont souligné les limites de la politique budgétaire et, notamment, les effets néfastes des déficits et de la dette publique.

• Le contexte actuel rend impossible ces politiques de relance keynésienne.
-le pacte de stabilité et de croissance, conclu en 1997 et signé par la France rend obligatoire sur le long terme, le respect de critères de convergences : la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB et le déficit 3%. Cette mesure se justifie par la volonté d’éviter qu’un pays fasse porter les effets négatifs de sa politique budgétaire (hausse des taux d’intérêts et du taux de change de l’Euro) sur l’ensemble des pays de l’Union Economique et Monétaire.
- Par ailleurs, l’accumulation des déficits budgétaires vient gonfler l’encours de dette publique et augmente les charges futures de l’État. Or, plus un État est endetté, plus la charge de cette dette est élevée. Celle-ci pèse d’autant plus sur son budget qu’un niveau de dette important entraîne des taux d’intérêts élevés lorsque l’État veut contracter de nouveaux emprunts. À terme, le poids de la dette peut ainsi devenir insoutenable par rapport au niveau des recettes de l’État.
-C’est « l’effet boule de neige » lorsque la dette s’auto-alimente des déficits successifs et des charges d’intérêts liées à son remboursement et conduit à un cercle vicieux.
-De plus, les gouvernements ne peuvent plus aujourd’hui jouer sur la variable monétaire en réduisant la dette par l’inflation, car les banques centrales sont désormais indépendantes du pouvoir.

• En outre, une politique budgétaire expansive apparaît aujourd’hui malsaine et artificielle
-elle provoque une croissance économique artificielle. Dans la mesure où une politique budgétaire expansive est fondée sur l’endettement, il semble évident qu’il faille tôt ou tard, rembourser cette dette, ceci sous l’effet de la contrainte budgétaire inter temporelle (confiance en la capacité de l’Etat à créer de la croissance et à rembourser la dette.). Le remboursement de la dette se traduit inévitablement soit par une augmentation des impôts (solution la plus couramment choisie), soit par une diminution des dépenses publiques (ce qui est difficile à effectuer à court terme). Une politique d’austérité aurait alors pour conséquence une diminution du revenu des acteurs économiques, ce qui se traduit par une baisse de la croissance. Ainsi, la croissance gagnée sur le court terme est perdue sur le long terme.
-par ailleurs, la politique budgétaire expansive est malsaine. Le problème majeur est celui de son financement par l’endettement, aujourd’hui 14% des dépenses publiques servent au remboursement de la dette et malgré ces chiffres le déficit reste important.
- En outre, le remboursement nécessaire des intérêts de la dette compresse les autres dépenses. T. Breton « l’impôt ne sert plus à préparer l’avenir mais à payer le passé ». Chaque année l’Etat s’appauvrit parce qu’une partie de la hausse de la dette finance d’autres dépenses que l’investissement.

• Par ailleurs, l’endettement de l’Etat peut provoquer un effet d’éviction :
-cet effet est dû à l’emprunt par l’Etat de fortes sommes pour son besoin de financement. De ce fait la masse des crédits disponibles pour le financement des entreprises diminue ; dans le même temps le recours accru à l’emprunt de l’Etat exerce une pression à la hausse sur les taux d’intérêts. Ces deux mécanismes combinés provoquent un renchérissement du coût du crédit en France pour l’ensemble des facteurs économiques, ce qui décourage une partie des achats des consommateurs financés par l’emprunt, et réduit les investissements des entreprises, lorsque leur rentabilité est insuffisante au regard du coût de financement par l’emprunt et donc nuit à la croissance.
-d’autre part la contrainte de financement du déficit engendre par la pression fiscale un renchérissement du coût du travail, du capital et de l’investissement, qui sont les bases mobiles de l’activité économique, l’endettement public fait donc peser sur l’économie française un risque de concurrence fiscale des autres pays dû au prélèvements élevés.


Conclusion : Les politiques budgétaires expansives inspirées des théories keynésiennes ont par l’endettement public stimulé la croissance jusque dans les années 70. Le contexte de ces dernières années remet en cause l’efficacité de ces politiques. Sans être réellement un frein à la croissance, l’effet de l’endettement public dépend de sa maîtrise par les gouvernements. Il paraît aujourd’hui essentiel pour l’avenir de réduire la dette publique en France, pour préserver une marge de manœuvre face aux chocs économiques. En outre, aujourd’hui il ne peut y avoir de stratégie de croissance et de cohésion uniquement nationale. L’Union européenne doit être un appui des politiques nationales de croissance et de solidarité. Ainsi, le rapport Pébereau propose la création d’un fonds de stabilisation économique à partir d’une fraction du budget européen.

Frédérique

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Date d'inscription : 18/01/2016

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reflexion

Message par coco nicolas le Mer 10 Fév - 22:35

bonjour frederique

je me permet de te poser une question lié a cette phrase:

L’endettement public provoque en outre des effets d’entraînements favorables à la croissance
-l’effet richesse illustre cet entraînement dû à l’emprunt de l’Etat. Le financement du déficit se réalise par l’émission de titres. Or un acteur peut considérer qu’il va accroître sa richesse par l’achat de ces titres car la rémunération du placement est forte, il va donc en conséquence augmenter sa consommation, ce qui bénéficie à la croissance.


Par rapport a la sitution actuelle ou les etats empruntent a des taux négatif(jusqu a une maturité de 7 ans pour la France), l effet richesse n existe pas!

je pense qu il faut detailler ou preciser soit par en tant normal, ou lorsque la poltique monaitaire est normal (hors QE) ....
attention a pas se faire piege
Maintenant se n est que ma vision.

amicalement

coco nicolas
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